Réunion de concertation professionnelle (RCP)

Dans le fonctionnement de notre coordination, nous avons rapidement élaboré une méthode pour que la clinique du sujet soit au centre de l’aide proposée. Nous appelons cette technique ou ce dispositif clinique, la réunion de concertation partenariale (RCP). A l’inverse d’une synthèse classique que réalisent toutes les équipes, c’est-à-dire se réunir pour parler de façon synchronique du problème posé, des difficultés rencontrées, et de l’orientation immédiate, il s’agit, dans la RCP, de retracer par l’intermédiaire des professionnels témoins, toute l’histoire du sujet depuis ses origines familiales jusqu’à la situation présente. Le travail est donc diachronique, la reconstruction par les témoignages des professionnels va des premiers épisodes éducatifs sociaux et psychologiques jusqu’au conflit actuel, quel que soit le lieu de ce conflit (Education Nationale, intra familial, dans le sanitaire, le médico-social ou la Protection Judiciaire de la Jeunesse). Cette reconstruction biographique, organisée à partir des témoignages mais aussi de la présence à la réunion des différents professionnels qui se sont occupés de ce sujet depuis son histoire initiale jusqu’à aujourd’hui, permet souvent d’avoir un œil neuf sur les conflits et les souffrances endurées.

Ces adolescents difficiles n’ont plus de place attribuée : exclus du système scolaire classique à cause des passages à l’acte incessants et des troubles du comportement, ils sont mal acceptés dans les établissements qui les trouvent trop perturbés pour les accueillir, mais du côté de la psychiatrie, leurs symptômes ne font pas syndrome et la maladie mentale n’est pas avérée. Ils sont rejetés par les uns car considérés comme trop malades et renvoyés par les autres parce qu’ils sont estimés ne pas être assez fous !

RCP : déroulement du dispositif

L’équipe de coordination ne voit pas les adolescents ni leur famille. Notre seule écoute est la parole des professionnels témoins de cette histoire, ceci favorise notre position de tiers externe.

INDICATIONS

Ce type de réunion de travail est réservé aux situations extrêmement complexes.
Soit parce qu’elle  concerne l'accès aux soins psychiatriques d'adolescents qui depuis plusieurs années sont engagés dans des comportements pathologiques avec un refus constant de l'acceptation de leur trouble induisant ou s'appuyant sur une tendance au déni de la part des familles et de l'entourage.
Soit parce qu’elle concerne des adolescents dont la prise en charge thérapeutique est particulièrement difficile parce qu'elle suppose l’articulation de plusieurs équipes soignantes et éducatives dont l'action doit être mieux coordonnée ou parce que le passage vers des dispositifs de soins d'adultes s'avère source de malentendus et de remises en question des soins.
Adolescent-e-s entre 12 et 21ans - à difficultés multiples, pour lesquels tous les dispositifs internes et de droit commun ont été tentés en vain.

BUTS

Le but essentiel est de retrouver une dynamique et un projet de vie là où l'impression d'impasse était partagée par l'adolescent, la famille et les protagonistes de l'accompagnement ou des soins.
Les buts secondaires sont, dans des situations cliniques qui encouragent au clivage et à la projection, c'est-à-dire à la critique du travail d'autrui et au repli sur une identité professionnelle, de comprendre les positions et les propositions prises par chacun à un moment donné de l'évolution de l'adolescent et de sa famille ou de son environnement. Il faut pour cela apprendre à connaître non seulement les logiques institutionnelles et les objectifs officiels de chaque équipe ou de chaque individu mais plus finement les pratiques, apprécier les succès et les échecs dans la mise en œuvre des propositions qui ont déjà été faites.
On peut citer également le partage d’expériences permettant d'éviter l'épuisement, le « burn out » des équipes confrontées à ce qu'elles vivent comme une faillite, un échec ou une incompétence.

BASES

La saisine de la coordination du RAP est réalisée par un des acteurs intervenant auprès de l'adolescent ou du jeune adulte, elle se fait simplement par téléphone : 05 61 51 41 40 (présentation de la situation, puis passage en commission d'inclusion). Il peut s'agir d'un médecin généraliste, scolaire ou spécialiste, d'une équipe d'AEMO judiciaire, du service de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, d'un des services du Conseil Départemental (Aide Sociale à l'Enfance), d'un établissement médico-social ou social (MECS, ITEP), d'une association œuvrant dans le champ de l'adolescence, d’un professionnel du sanitaire.
L’adolescent lui-même et ses représentants légaux sont informés du recours à la coordination du RAP et sont sollicités pour lire et ratifier la charte qui prévoit que dans des conditions de confidentialité suffisante tous les partenaires du parcours de vie de l'adolescent jusqu'au moment de la saisine seront sollicités et invités à témoigner.
À partir de la personne ou de l'organisme qui saisit, nous prenons contact avec le plus grand nombre possible d'intervenants (de la crèche à l'école, en passant par les équipes de soins ou les praticiens libéraux qui ont reçu l'adolescent depuis sa naissance). Nous tentons alors de retracer la biographie des parents et de la famille tout en replaçant l'histoire de l'adolescent dans son contexte culturel souvent singulier.
Lors de la réunion de concertation, et de manière chronologique, sur une durée de trois heures environ, nous retraçons l'histoire et le parcours de cet adolescent jusqu'à la période actuelle.
Il s'agit non seulement de déplier un espace de pensée écrasé par le poids des réalités, des contraintes et par la dimension mortifère des répétitions concernant le jeune inclus dans le réseau, mais également de lire à travers la biographie, une sémiologie à la fois sociale anthropologique et psychopathologique qui sur un seul entretien ou un seul point de vue échappe totalement. Nous percevons ainsi beaucoup mieux comment les impasses dans la prise en charge sont liées à la psychopathologie du jeune et de sa famille et pas seulement aux carences des dispositifs.
La clinique des traumatismes (traumatisme sur plusieurs générations, traumatisme précoce, maltraitances mutuelles, traumatisme des équipes) autrement dit la clinique du trop de souffrance, trop d'excitation, trop de violence est ainsi abordable dans la mesure où elle est partagée et où les références théoriques de chacun, au lieu d'être sollicitées comme un recours magique avec le risque d'entraîner des mécanismes de clivage, sont partagées, diffusées, commentées et utilisées pour redonner des pistes de travail tenant compte d'une réalité multiple.

MOYENS

Les réunions ont lieu dans les locaux de la coordinationdu RAP(à la Maison Départementale des Adolescents) ou éventuellement dans une des institutions membre du réseau. Elles durent entre 1h30 et trois heures ; elles sont animées par un-e des éducateur-rice-s du RAP en présence d'au moins deux des médecins de la coordination.
Les professionnels sollicités qui ne peuvent pas venir à la réunion sont invités à y présenter un texte ou à y intervenir par procuration. L'ensemble des renseignements collectés reste dans le dossier de la coordination du RAP alors que circule entre les protagonistes de la réunion, à l'issue de celle-ci, un résumé relativement bref qui retrace les points essentiels de la biographie et les points du projet de vie sur lesquelles nous sommes tombés d'accord.

SUITES

L’équipe de coordination du RAP 31 propose dans des délais variant de quelques semaines à quelques mois d'autres réunions plus brèves et en plus petit comité, destinées à poursuivre l'accompagnement des équipes et à adapter les projets à la situation nouvelle du jeune.
Enfin, l'équipe de coordination reste à la disposition de tous les protagonistes de la RCP par téléphone autant que de besoin.
Les effets escomptés à long terme sont nombreux : une veille sanitaire à dimension régionale c'est-à-dire l'identification à travers ces situations difficiles très finement analysées des points sur lesquels les efforts des équipes doivent porter.
Une connaissance mutuelle des protagonistes du soin et de l'éducation des adolescents, avec comme effet une synergie d’actions et non pas un renvoi de l'un à l'autre. Une capacité d'innovation et de création en particulier pour ce qui concerne les dispositifs de transition c'est-à-dire le passage à l'âge adulte.